I - de l’approche de la vérité en reproduction sonore

 

Tout porte à croire que les concepteurs de matériel haute-fidélité, lorsqu’ils créent leurs appareils, n’ont qu’un objectif en tête : respecter la "vérité" contenue sur le disque ou la source, quelle qu’elle soit. La seule doctrine est par conséquent plus ou moins proche de ce fantasme un peu fumeux d’une époque bénie : le fil droit avec du gain.

 

Cependant, il apparaît à travers les pseudo-évolutions de la haute-fidélité, que, pour reprendre les termes décrits dans une ancienne chronique toujours d’actualité quelques années plus tard, deux tendances majoritaires se dessinent dans les propositions de restitution du signal musical :
- l'approche "holistique"
- l'approche "détailliste"


Issues d’une démarche contrôlée ou non, force est de constater que c’est autour de ces deux options que se cristalliseront les produits présentés sur le marché tout comme, là aussi de façon plus ou moins construite, les deux courants de pensée dominants autant dans les esprits des acteurs que des utilisateurs…

 

 

le mur de pierre

 

Pour proposer une analogie qui permettra de comprendre au mieux les fondements et dangers de deux conceptions trop radicalement différentes, on pourra réfléchir à l’observation d’un mur de briques, ou de pierres, un mur inclus dans un édifice talentueusement dessiné par un architecte.

Le plaisir esthétique, les impressions ou encore les enseignements que l'on retirera de l'observation du mur tiennent essentiellement à des rapports de distance, de perspective, des considérations du détail pour le détail ou de détail intégré dans la composition de l'ensemble…

 

 

Ainsi, la théorie détailliste revient à s'approcher du mur au point d'en distinguer chaque pierre, ses stries plus ou moins marquées, les éclats dans les joints, les défauts du mortier. La proximité n'a dès lors pas de limite, jamais on ne sera trop près, puisque tout détail est lui-même composé d'une multitude de détails. Pour en savoir plus encore, on commencera à utiliser des instruments grossissants pour mieux discerner la structure de la pierre ou des joints…
Mais, arrivé si près du mur, le nez collé dessus, peut-on encore, saura-t-on autrement que par l’imprécision de la mémoire, reconstituer l'ensemble de l'édifice ?
D'une manière plus générale, peut-on par le détail reconstituer le dess(e)in de l'architecte ?
On pourra rétorquer que, à partir de ce point de vue, il est toujours possible de décider de reculer un peu…


Quelle sera alors la grandeur du "un peu" ?
Aura-t-on la sagesse de reculer suffisamment pour se placer derrière la petite haie d'arbustes désirée par l'architecte et destinée à souligner la délicatesse de la structure, rehausser d’une pointe de couleur le climat de l’ensemble ? Y parviendrait-on, réussira-t-on à oublier la " connaissance " acquise par l’étude acharnée du détail, pour ne le restituer qu'à sa place exacte, c'est à dire en tant que parcelle nécessaire d'un tout ? Nécessaire, mais pas suffisante.

 

 

Pour autant, la vision holiste (que, par commodité, nous appellerons : globaliste), dans son acception noble, ne doit pas être confondue avec une approche floue ou simplificatrice (ce qui est hélas souvent le cas, peut-être justement par absence de concept fondateur) : elle vise au contraire à installer l’observateur à la distance idéale pour percevoir la totalité de l'édifice, retrouver et admirer la volonté esthétique de l'architecte, certes obtenue par accumulation de détails, mais éparpillés avec précision pour composer un tout, dont la décomposition risque fort d'engendrer une incompréhension, une fausse lecture, une ambiguïté, un désordre ; une décadence au sens littéral du terme : la dé/cadence ou perte de la cadence.


A l’extrême, connaître les techniques employées pourrait nuire à l'admiration de l'objet, sauf à les vivre en néophyte. Placé à bonne distance, rien n’empêche l’observateur de se concentrer sur tel ou tel aspect de l’édifice au gré de son humeur, de sa curiosité, laisser son esprit voguer sur les particularités ou idées géométriques, renvoi de couleurs ou de formes, choix et antagonismes esthétiques des matériaux, admirer telle invention qui contribue à la beauté du tout…


La démarche globaliste, quand elle est réussie, ne signifie donc en rien négliger les détails, mais au contraire les laisser à leur juste place dans le grand dessein, ne pas les estomper sous peine de dénaturer l'apparence globale, mais ne pas les mettre en avant pour ne pas fausser la perspective, ne pas les souligner au point d'en faire de nouvelles gammes d'observation.

 

 

L'une des deux approches - la globaliste, on s’en doute - attente d’osmose sensuelle, correspond probablement à une recherche de mélomane


L'autre ? Elle correspond à un comportement d’observateur, une attente de… Ah, quel mot choisir ?… Le petit monde de la hifi a rapidement conduit à définir un personnage nouveau qui n’aurait jamais dû exister autrement que pour désigner de louables individus qui, de plein droit, aiment le matériel pour le matériel, comme beaucoup achètent de prestigieux appareils photographiques allemands très coûteux pour, à l’arrivée, accumuler humblement les photos de famille ou les "cartes postales" de vacances. Eh oui, nous sommes face à un nouvel acteur de la scène musicale : le Hifiste !

 

C’est en sa version terminale – un hifiste peut assurément être mélomane en proportion plus ou moins dominante – que le hifiste aspire à une représentation constituée de précisions inutiles. Inutiles car, isolément, ces précisions n’ont aucune signification dans le grand tout musical….


On peut éventuellement imaginer que l’approche détailliste serait aussi une approche de musicien qui sans doute saurait reconstituer le plaisir auditif d'une œuvre en lisant chaque détail de la partition, en entendant chaque infime bruit émis par chaque instrument. Possible, mais peu probable. Lorsque telle est leur quête, les musiciens privilégient l’écoute au casque qui les immerge dans une proximité intime avec leur travail. Et même en musique, la volonté de lisibilité optimum ne donne pas toujours les interprétations les plus émouvantes!

 

 

Le refuge d’une telle approche est l’alibi scientifique : tel le chercheur voulant s'approcher du cœur de la vérité à travers des microscopes de plus en plus puissants, l'auditeur se veut au plus près des défauts et qualités de la prise de son.
Précisément : le scientifique ne prend-il pas le risque de se fourvoyer lui-même dans sa trop grande spécialisation ? Est-il à l'abri de se laisser prendre au jeu de son propre savoir, en négligeant celui de valeureux collègues, en méprisant une approche philosophique, une prudence métaphysique, une tolérance curieuse, en extrayant ses découvertes du monde réel et de la volonté qui régissait les premiers pas de ses recherches ?

 

L'autre approche est dans ce cas, et par opposition, un travail de néophyte certes, mais qui au moins aura le mérite de mieux comprendre l'importance des travaux dans la globalité. Une démarche de philosophe, sans doute, une approche plus métaphysique, voire une approche de poète.

 

 

 

 

Les vérités parallèles

 

Honnêtement, d’un strict point de vue intellectuel, les deux démarches sont respectables : elles ne s'adressent simplement pas aux mêmes auditeurs, elles ne répondent pas aux mêmes expectatives. La musique et la compréhension de son architecture, les dialogues entre interprètes, les dimensions concertantes d’œuvres à priori denses, complexes et monolithiques, les écarts de vue sur une même partition à travers les années, les présentations contradictoires d’une même certitude, les variations de couleur d’un même instrument dans l’expression d’un musicien, ne sont pas nécessairement la préoccupation de tous. Et certains prennent infiniment de plaisir à comparer du matériel via une poignée de disques devenus de véritables fétiches ! La recherche est alors celle d’une objectivité suprême et éternellement impossible…

 

 

 

 

Les dangers

 

Mais divers dangers menacent la théorie ou l’obsession détailliste ; en premier lieu, il ne faut pas confondre l'accumulation de détails trop identiques avec une vraie recherche de la plus petite information. En pratique on constate souvent cette déviation.
Mais surtout, la vraie limite de la théorie détailliste est d'en arriver à projeter le détail au même plan que l'information principale, la loupe ou le microscope n'étant pas des instruments de tri, ni de nuance, mais d'exploration. On parle souvent de reproduction froide, objective, etc… d’un manque de chaleur : on se trompe de terme, on manque juste d’humanité ! Mais c’est assez normal : faute de se référer suffisamment au direct, les concepteurs de matériel ont une tendance inévitable à partir à la dérive. Enfermés dans les certitudes du laboratoire et les ordres du marketing, la tentation est grande de courir après la clarté sonore comme une fin en soi, au mépris de toute vérité musicale. Qu'importe si l'équilibre, le centre de gravité spectral des instruments est déplacé, les auditeurs que gêne ce déséquilibre sont si peu nombreux. On s’aperçoit quotidiennement que beaucoup de familiers de la haute-fidélité ne s'en plaignent pas. Rien de très surprenant quand on considère que beaucoup d'entre eux n'ont finalement pas d'autres références musicales que les systèmes qu'ils apprécient…

 

 

Comme d’ailleurs couramment, dans ce qui relèverait de la théorie globaliste, on constate une confusion entre globalisation et simplification, et idée générale du message avec suppression pure et simple, statistique, de détails plus ou moins discrets…
La reproduction simplifiée devient alors tout au plus une " vulgarisation ", si ordinairement indissociable de la " désinformation ".


Enfin, cette globalisation ne doit pas être noyée dans une brume confortable et chaude, une consistance melliflue si caractéristique de bien des appareils si doux qu'ils embourbent les musiciens dans une couette douillette mais si stérile en émois… Elle doit au contraire délivrer avec précision le sfumato* artistique, les climats et les tonalités, les matières* dans leur éclat primal, le grain et la lame incisive du staccato, le piqué et la souplesse gironde des assauts de grâce…

 

 

 

 

Les convictions subjectives…

 

C’est donc avec étonnement que l’on assiste à des débats sans fin, des aporétiques risibles, des monologues de sourds, pétris de certitudes et d’affirmations parfois même étayées de chiffres. Tel article pour expliquer, sur la foi d’abaques, qu’une chaîne nantie de moins de 2 000 watts ne peut pas fonctionner, tel autre pour affirmer que seule la légèreté de papillon des équipages mobiles délivrent la vérité, tel théoricien pour garantir avec véhémence que seules des membranes forgées dans l’aluminium auront assez de rigidité pour fonctionner réellement en piston (et alors ??? ) ou que tel type de matériau doté d’un module de Young très nettement meilleur et par conséquent d’une vitesse de transmission du son dans la matière bien supérieure (typique de matériaux ultralourds à l’écoute, soit dit en passant) octroiera la plus grande accélération sur les transitoires… Quant aux allégations violentes sur la neutralité de tel type de technologie face aux colorations bien connues de tel autre (transistors contre tubes ? Haut rendement versus bas rendement ? Eléments séparés vs intégrés ? Symétrique anti asymétrique…), elles étouffent le paysage blablateux de ce si petit monde. Refusant d’ailleurs comme un seul homme qu’il puisse exister des vérités différentes ou parallèles ("Peut-être votre bien et mon bien sont-ils différents et le bien qu'on impose, comme le mal imposé, fera toujours souffrir. Le minerai admire-t-il la flamme qui le transforme ?" disait Fayçal à Lawrence…). Débat certes un peu hors sujet…

 

 

Dans un univers où tant de choses sont si radicalement remises en question, ces " certitudes " - surtout multiples et contradictoires -, ne vont pas sans une bonne dose de candeur. Des certitudes subjectives, par-dessus le marché ! Celles de la science, admettons (et encore, si souvent remises en question !), mais celles de l'expérience et de l'intuition…
Qui plus est, en quoi la hifi devrait-elle se différencier de toute autre discipline humaine où sagesse rime avec doute ?


Un doute ou des doutes largement permis quand on observe la petite communauté des passionnés de haute-fidélité. Voulant à n'importe quel prix posséder formellement la vérité, le doute leur est viscéralement pénible ! Il suffit pour s’en convaincre de parcourir les débats stériles des forums ! Ainsi la passion les pousse-t-elle vers des certitudes aussi vite abandonnées que conquises. La haute-fidélité est pavé de certitudes défuntes.


Ne jetons pas la pierre. Sans doute avons-nous chacun les nôtres, plus ou moins nombreuses, décousues, dérisoires auxquelles nous nous cramponnons. Ne serait-ce que pour avancer : comment créer sans un minimum d’à priori, terme modeste pour éviter la tranquille vanité de l’à-fortiori ou l’expérience ?
Certaines certitudes sont pourtant devenues un frein véritable au progrès autre que purement économique. Car dans ce monde comme dans les autres, la victoire est toujours celle de l’économie (au sens capitaliste). Il n’y a pas de guerres religieuses, il n’y a que des guerres économiques, n’est-ce pas ?

 

 

 

 

Petite liste de certitudes

 

- celles que la nostalgie inspire. Ainsi, sans tomber dans le mensonge du "Older is beautiful", du "le tube est irremplaçable", du "on n’a jamais fait mieux que les Voix du Théâtre !", on peut en revanche accepter l’idée que si l'on faisait de nos jours, couramment, proprement, comme dans les années soixante, de la vraie stéréo avec du relief, des plans sonores, tout l'attirail du multi-canal ou de tout autre système visant à recréer artificiellement l'espace auraient peu de chance de connaître le succès. Souvenons-nous des pitoyables tentatives de la tétraphonie. Elle fit long feu. On attribua son échec retentissant aux difficultés de gravure et de lecture des disques. La technique n'était pas mûre… Il serait plus juste de reconnaître que la stéréo, en ce temps-là, était encore authentique. On savait de quel relief elle était capable. A de rares exceptions près, aujourd'hui, on ignore que stéréo veut dire relief, comme la stéréoscopie ambitionne la vision en relief…

 

- à propos de relief, il y a eu les certitudes du home-cinéma. Oh certes, il y avait de quoi s’inquiéter : ce n’était pas un hasard si, après bien des tentatives, le son finissait par rejoindre l'image. Depuis des années, la tendance est de regarder la musique. Comment ne pas croire en ce miracle des chaînes modernes incitant plus à voir qu'à écouter ? Elles suivent l'évolution générale de notre société où le visuel prime de plus en plus sur l'auditif. Ce n'est pas qu'une métaphore, hélas, de dire que nous entrons dans l'époque de la surdité par trop plein d’images et d’agression sonore…


Pourtant, il y a résistance. On ne reviendra pas en arrière sur la réussite du Plasma ou du LCD (dont le résultat objectif (et subjectif) est infiniment discutable), mais les propositions 6.1, 9.1 (où s’arrêtera-t-on ?) ou THX sont loin de remporter encore l’enthousiasme et l’adhésion des amateurs de musique beaucoup plus nombreux qu’on ne le croit !

 

- les certitudes que la technologie procure : c’est nouveau donc c’est mieux. Le numérique est forcément meilleur puisque c’est une solution d’avenir préconisée par tous et partout. Même en photo, les vieux partisans de l’argentique baissent les bras. Il faut reconnaître que, en ce domaine, les progrès ont été fulgurants. Mais cela ne permet-il pas juste de constater qu’il en faut finalement moins pour contenter l’œil que l’oreille ? L’ouïe, ce parent pauvre de nos sens, n’est-il pas à l’arrivée un des instruments les plus difficiles à leurrer, à satisfaire, si on fait un tant soit peu l’effort de la concentration ? Après tout l’image fixe ou animée est une copie de la réalité. Pour réjouir l’ouïe, il a fallu composer un langage abstrait, des instruments aux sonorités inconnues et sans cesse réinventées, écrire et créer des consonances, des mélodies, des modes d’expressions virtuels…


Mais oui, sans doute, un jour les amplis réellement numériques (par opposition aux actuels Classe D) prouveront leur supériorité. On n’y est pas encore. Loin s’en faut. Et le transistor n’a jamais tué le tube, ni le CD le vinyle. Le MP3 aura-t-il la peau de la qualité ? Mais non, pas forcément. A une époque pas si lointaine, nos jeunes oreilles se réjouissaient de la facilité d’emploi des Mini-Cassettes, non ? Et on copiait, et on prêtait, on échangeait et on se moquait bien que la qualité fût médiocre, que ça souffle comme une montgolfière crevée ou que le miraculeux Dolby C introduise un pompage monstrueux !


Oh, le tout numérique vaincra, oui, mais cette fois encore pour des raisons économiques : un ampli numérique se passe idéalement de tout ce qui coûte cher dans un appareil traditionnel, particulièrement à tubes : pas de gros transformateurs engloutissant des quantités industrielles de cuivre à l’heure où on le vole dans les ascenseurs !


Le gag est que certains n’hésitent pas à mettre sur le marché à des prix humiliants pour Jaguar ou Bugatti, des amplis semblables à des tours d’ordinateurs et utilisant la technique du découpage, alors que par principe il n’y a pas de composants lourds embarqués ! Le snobisme des hifistes !
On développe ? Non…
Qu’a-t-on réellement inventé depuis quarante ans ? Honnêtement pas grand chose, et surtout pas dans le microcosme de la hifi. Même si on a parfois l’impression, à découvrir les arguments nombrilistes relayés par les prétendus spécialistes, que si la hifi n’œuvrait pas pour le bien de l’humanité, EADS ne saurait pas faire voler un avion et un Nokya aurait la taille d’un poste à galène…

 

 

- les certitudes des minima nécessaires à la vérité sonore : la neutralité, les timbres, l’image, le niveau réaliste… Etc !!!! Tout ce verbiage dévoyé à force de galvaudage.
Mais la quête absolue de la vérité sonore n'est-elle pas une utopie, ou pire, une erreur ?

 

 

Art fictif ?

 

En introduction de ce site, dans la page "l’esprit Strad-audio", nous évoquons la reproduction en tant qu’art fictif.
Sans doute l’expression est-elle obscure. Aurions-nous pu dire art de l’imaginaire ? Non… La reproduction ne peut se fier à l’imaginaire qui supposerait une réinterprétation, une liberté avec la musique originalement enregistrée.

 

 

Art impalpable ? Peut-être, oui, par opposition à l’art concret. L’art de la reproduction n’existe pas, il doit rester celui du musicien. La seule fonction de l’électro-acoustique est de ne pas le trahir, de ne pas réinterpréter, cas hélas fréquents par simplification du signal, omission, déformation, érosion des élans lyriques, lissage de la modulation, fractionnement du modelé, non respect même de la simple justesse tonale et des consonances…


Alors transposition ? Oui : il s’agit bien de transposer. Un grand Steinway dans un salon commun n'est pas longtemps endurable. Qui plus est, le son sera laid et saturé…
Un big band ? Une batterie ? Un grand orgue, un chœur polyphonique, un orchestre symphonique ? Et pourquoi pas le passage d’un convoi ferroviaire ou le décollage d’un avion à réacteur ? Juste pour ne pas exploser de douleur dans les strictes possibilités des limites acoustiques de la pièce d'écoute !
C’est pourquoi une transposition s'impose afin de préserver la plausibilité, l’intelligibilité et l’articulation de la musique. Une transposition accompagnée d’une inévitable réduction, réduction des dimensions, des volumes, des pressions acoustiques, des réalités dynamiques – par ailleurs déjà sabotées par le disque…


Ce qui ne sous-entend pas réduction des nuances et des frémissements à l’aurore du silence…
Admettons à la rigueur l’exception pour une poignée d’instruments : le clavecin, la flute, le luth, la guitare classique, le pianoforte, le clavicorde, la viole de gambe, etc.… auxquels une pièce d'habitation commune tolérerait leurs dimensions originales. Souvent en revanche outrées par la haute-fidélité majoritaire : combien de bluesmen sont caricaturés, enflés par des habitudes déformantes de la hifi nous imposant des guitares acoustiques aussi raffinées qu’un marteau-piqueur et des larynx de diplodocus ?

 

 

La conception régissant la hifi chavire dès lors entre deux attentes antinomiques : la réalité et la transposition de la réalité. D’où probablement l’antagonisme stupide opposant ceux qui prétendent à une reproduction grandeur nature de l'original, possible en de trop rares cas, et ceux qui ont compris que la richesse expressive de la musique est question de vraisemblance et passe par une transposition de l'original.
Ah, les huées affluent : si transposition, plus de Haute-fidélité ! Plus de neutralité !
Or, comment parler de fidélité sans évoquer justement cette notion sacro-sainte, pleine d'ambiguïté : la neutralité ?

 

 

 

la neutralité

 

On en donne volontiers une définition négative : est fidèle un système de reproduction qui n'ajoute rien. Mais s'il retranche, est-il neutre ? Evidemment non ! Il ment par omission.
Reste à savoir comment apprécier la neutralité.


Certains le font par rapport à une hypothétique référence : au concert, pérorent-ils, un violon sonne autrement, donc cette chaîne est colorée… Louable exercice de mémoire ! Ils oublient seulement que, selon la musique, la salle, l'emplacement, la distance, la température, le degré hygrométrique, l’humeur ou la santé de l’interprète, un même violon peut sonner de façons très différentes.


Nonobstant, il y a incontestablement quelques fondamentaux qui, s’ils sont absents, interdisent tout espoir de musicalité : le rebond, la rapidité, les couleurs du bois, du métal ou des peaux, les fins de note, la sensation de humer la colophane, l’atmosphère palpable dans les silences, le phrasé et les respirations, le modelé et les impressions inscrutables… Oui, de ce point de vue, la haute-fidélité traditionnelle ment avec aplomb par omission…

 

 

D'autres, la majorité, ne vont jamais au concert. Ils n'ont pour seule référence que les enceintes dont la sonorité leur a plu. Tendance qui ne va pas s’arranger, puisque même les concerts classiques deviennent amplifiés !


Pour les uns comme pour les autres, la notion de réalité n'obéit à aucune rigueur. Elle est fonction de l'idée plus ou moins imaginaire qu'ils se font de l'original. Une option commune d’évaluation subjective de la neutralité d'un système hifi serait d'écouter un très grand nombre d'enregistrements. Le système le plus neutre serait probablement celui qui les différencierait le mieux. Mouais, c’est pas faux. Mais pas suffisant non plus : on est communément confrontés à ne comparer que des degrés de médiocrité et on ne déterminera ainsi que le choix du moins pire de la liste…


La neutralité n'est finalement qu'une question de… disons de transparence, à défaut d'autre mot. Avec beaucoup d'hésitations : transparence est si souvent employé à tort et à travers.
Mais pourquoi vouloir la transparence ? Tout simplement pour entendre les enregistrements tels qu'ils sont. Attention : avec leurs défauts ! C’est inévitable. C'est le prix qu'il faut payer pour entendre les qualités. On ne connaît pas le moyen de reproduire seulement les qualités. Toutes les tentatives de l’industrie du disque pour filtrer les erreurs, améliorer les timbres ou lisser les distorsions mènent à un honteux appauvrissement du pouvoir expressif contenu sur la bande…

 

 

Sur le plan musical, il en va exactement de même. Une chaîne qui fait ressentir dans toute son intensité l'expressivité d'une interprétation, en fera aussi éprouver cruellement son absence. Décidément, ici-bas, même en musique, le paradis sans l'enfer doit être une vue de l'esprit. Mais c’est aussi la négation de ce paradoxe, le refus de l’engagement, la peur de l’émotion véritable et l’acceptation de la possible déception subséquente qui expliquent la réussite commerciale et stochastique de tant de systèmes déformants, arrangeants en pathos physiologique, confortables, chauds comme des édredons, qui fabriquent un pseudo-grave où il n’existe pas, lissent l’aigu pour lui donner un "filé cristallin" surréaliste sans la dimension du réel, offrent éventuellement un écrin si parfait au son qu’il n’y a plus de place pour l’exaltation musicale… La GHFI : Grande Haute-Fidélité Internationale !!!!

 

 

Comment s’y retrouver ? Comment éviter les écueils de la séduction dans l’instant de la découverte qui attire les mélomanes errants sur la pente glissante de la frustration permanente, de l’insatisfaction, juste considérées comme normales et fatales par la majorité des victimes des innombrables mensonges de la hifi ?

 

 

évocation du rythme

 

Peut-être l'un des critères par lesquels on détecte le mieux une érosion du sens musical est le rythme. Tant de chaînes, même parmi les plus sophistiquées, le rendent de façon cérébrale, comme si le ressort, l'élan physique n'y étaient plus. On dit parfois qu'une bonne installation est celle qui donne l'irrésistible envie de taper du pied (à condition que l'interprétation communique au départ la même envie !). Pour fruste qu'elle soit, l'idée n'est pas dépourvue d'un certain bon sens. En tout cas, si cette envie n’est pas là, passez votre chemin… Ce critère, à défaut de suffire, est pour le moins indispensable…


Les meilleurs systèmes ne sont pas ceux qui restituent la musique comme une photographie sur papier glacé, avec un "piqué" impressionnant, mais ceux qui lui rendent sa dynamique plastique, ses inflexions, son énergie motrice, son rythme vivant donc contagieux, son ardeur frénétique donc envoutante. Le critère est aussi infaillible que simple. Plus les rythmes sont perçus de façon abstraite, éthérée, machinale, plus il est vraisemblable que la reproduction sonore passe à côté de la musique, de son essence même qui se confond avec la pulsation.

 

 

 

 

la musique comme unique référence

 

Bon certes, un critère aussi primaire a ses limites. D’autant que certains appareils, par une accentuation intelligente (ou issue de la paresse auditive des concepteurs, ou d’un sens aigu de l’opinion normative du marché) d’une zone statiquement nourrie de chair rythmique peuvent donner l’illusion d’exceller dans ce critère particulier du discours musical. Pour qu'une chaîne soit musicale, il ne suffit pas qu'elle flamboie à rendre dans toute sa dynamique interne la pulsation des musiciens. Il faut aussi qu'elle soit capable de rendre l'échelle infinie des nuances et cet ordre intérieur, cette cohésion organique qui caractérise toute grande interprétation. C'est une différence subjective délicate qui apparaîtra à la longue entre des matériels qui paraissent à première écoute d'une qualité comparable : quelques-uns offrent une restitution animée, avec du rythme, mais l'interprétation semble brouillonne, prosaïque ou dilacérée. Avec d'autres (si rares !!!), l’ordre s'impose harmonieusement. Les tempos apparaissent justes. La musique se développe si "d'aplomb", si "naturelle" (osons le mot !) que, à tout instant, sans effort, on se nourrit de ce qui vient d'être joué et on anticipe ce qui va l'être, on se laisse emporter par le flot, submerger par l’exaltation. Et puis surtout, les couleurs et carnations éclatent avec justesse et souplesse, les matières exultent, l’engagement humain transcende le concret technique… Cette fidélité-là, celle qui parle au cœur, est de la plus haute complexité. Elle combine une multitude de paramètres sonores par dosages subtils. Il suffit du plus infime déséquilibre dans leur hiérarchie intime pour la détruire. Sculpture sonore d'une infinie richesse et d'une extrême fragilité, elle désigne la musique comme l'unique référence.

 

 

 

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II – Source, prise de son et masterisation

 

 

le mastering

 

Pour reprendre un des points évoqués précédemment, il convient avant tout de se rappeler que la musique reproduite dépend, sans parler de l’enregistrement, d’un support ; pour l’instant majoritairement le CD et encore pour quelques années. Loin de nous l’envie d’entrer dans la polémique "vinyls versus CD " : quand bien même nous sommes les premiers à penser que nous avons perdu une certaine évidence naturelle dans le numérique, il est tout à fait possible de verser une larme, vibrer, sourire, être inondé de bonheur, s’immerger dans la musique reproduite par le CD.


Saluons au passage la qualité des efforts qu’il aura fallu aux rares concepteurs de lecteurs CD qui ne se sont pas laissé abuser par la tentation du détail pour le détail, la mise à plat du signal brut, et ont su persister pour aller creuser sous la surface. L’effort a payé : on trouve désormais quelques lecteurs réellement capables de traduire l’émotion musicale.

 

 

Ce n’était pas gagné : le CD en effet est mal né. Un échantillonnage trop bas en fréquence, une quantification simplifiée et voilà : un carcan. N’oublions pas (pour faire simple) que toutes les fréquences sont découpées par 44 000 ; ce qui produit sans doute un échantillonnage confortable pour les fréquences basses ; mais lorsque l’on atteint les fréquences hautes - à l’extrême : 22 000 Hz - on ne disposera que d’un découpage par deux desdites fréquences ; ce qui est clairement insuffisant !
Ne parlons pas de la pauvre réalité de la prise de son numérique où il ne reste plus grand-chose des 96 dB de dynamique annoncés à l’origine… Les ingénieurs du son ont vite découvert la cruelle réalité : s’ils laissaient descendre trop bas le seuil d’enregistrement, ils atteignaient les bruits de quantification et donc remontaient par prudence le pallier de 10 dB. Et en haut de la dynamique, autre cruelle surprise : alors qu’en analogique ils pouvaient laisser dépasser le 0 dB/VU sur des transitoires jusqu’à 10 dB/VU avec au pire une brève augmentation de la distorsion rarement rédhibitoire, en numérique une poussière de dB au dessus du fatidique 0 engendraient d’épouvantable cliquetis.


Donc, pour se réserver une sécurité, on descend le plafond de 10 dB. Résultat : 76 dB d’amplitude maxi !
Autrement dit, dès le départ, les données étaient faussées. Ne nous méprenons pas : les 33 tours avaient leur lot de limites et nous aimons aussi ce support pour ses défauts. Pourtant la réalité de la dynamique n’engendrait pas du tout les mêmes contraintes lors des masterisations du fait d’un tassement progressif de celle-ci sur le support analogique.


Pourtant, les efforts incessants des constructeurs mais aussi les études des gros groupes industriels ont permis de produire des lecteurs qui retrouvent un phrasé plausible, un délié louable, une amplitude dynamique bien suffisante pour la réalité domestique, et un pouvoir émotionnel peut-être moins flagrant que sur le vinyle, mais capable d’arracher moult larmes.
A la condition toutefois que le disque lui-même ne vienne pas tout ébranler ! Et c’est sans doute là que le bât blesse !


Le grand coupable ? L’enregistrement comme on le dit souvent ? Non, pas forcément. Nous allons y revenir.
Le premier coupable, c’est le mastering !!! Comment expliquer autrement (en dehors de la théorie pas totalement fausse de la meilleure adéquation d’un certain type d’enregistrements avec le support pour lequel ils étaient originellement prévus, à savoir le vinyle) que certaines archives, et notamment tout une géniale époque de la musique Pop / Rock que nous avons tant aimées en 33 tours, donnent d’aussi épouvantables résultats en CD. Là où quelques-unes d’entre elles franchissent magnifiquement la frontière technologique. Là où on tombe de temps en temps sur un export Japon claquant de dynamique, explosant de timbres !


Comment expliquer ce constat récurrent que de nombreuses premières masterisations, faites aux prémisses du CD, qui nous faisaient souffrir à l’époque sans doute à cause de la médiocrité de la majorité des machines de lecture, prouvent clairement maintenant leur supériorité face des remasterisations "24 bits / 192 kHz", et consorts ?

 

 

Parfois on a l’impression qu’on nous prépare depuis un moment la grande révolution MP3, mais sans doute ne faut-il pas voir des complots partout. C’est beaucoup plus simple que ça : on fait du consensuel, du politiquement correct, on retire le souffle indigne sur les galettes irisées, on essaye de redresser des timbres un peu pincés, un peu étroits, un peu "agressifs", traduisez "vivants", qui en effet émaillaient ces masters préhistoriques faits à la va vite !
Nous avons été époustouflés en écoutant les versions successives du même Das Lied von der Erde, Mahler, Klemperer, chez EMI, au bénéfice très net des premiers masters. Oh, certes, la clarinette est un peu acide et le timbre de Christa Ludwig résonne de quelques échos un rien métalliques. Mais que de fluidité, que de tempérament, que de frissons dans les intervalles de silence hanté par Gustave lui-même, que de vie dans les discours concertants de solistes hors normes !


L’appauvrissement de facteurs considérés comme annexes ne serait pas grave s’ils n’étaient que techniques, mais pas quand c’est la compréhension de l’interprétation qui en souffre, la valeur émotionnelle perdue par manque de vibrations, de frémissement, d’authenticité…
Nous signalerons au passage que ces massacres bénéficient de complicités indirectes et involontaires : les revues distribuent des sélections de CD pour "évaluer vos chaînes" qui, par le principe même de la gravure, ou parce que la compilation est effectuée sur des ordinateurs un peu basiques, sont aussi fidèles à l’original qu’une reproduction sur catalogue l’est à un tableau de maître ! Alors que les originaux en question peuvent en effet s’avérer intéressants en terme de qualité technique de prise de son…
Et le Mahler cité ci-dessus n’est pas une exception : la nouvelle masterisation DSD du cultissime Dark Side of the Moon corrige peut-être les tendances à la dureté des premières moutures, mais en en ayant gommé tout éclat, tout rythme, en ayant tout rentré au chausse-pied dans le moule MP3 doté d’une dynamique de 1,5 dB !!!!


A propos de SACD, la bête pourtant magnifique était déjà blessée par des erreurs de stratégie méprisables, mais jeter une oreille à Kind of Blue, ou Ella & Louis suffit à donner envie de fuir en courant.
Alors que, en parallèle, le travail effectué pour les nouveaux masters DSD des RCA Living Stereo est plutôt louable : en dépit d’une légère exagération physiologique, une mise en lumière un peu excessive, le seuil de sensibilité de la bande est tout à fait respecté et délivre à la fois des couleurs et une intensité ardente à la hauteur des enregistrements et des artistes !


Mais pas autant encore que le résultat remarquable obtenu à partir des mêmes bandes d’origine par JVC dans sa série XRCD. Une démonstration audiophile (comme quoi…) que l’on peut vraiment tirer la quintessence de la musique en CD, sans démonstration, sans ostentation, sans tricherie. On peut donc affiner les timbres (à la nuance peut-être d’une légère similitude de couleur), révéler l’atmosphère de la salle, définir les matières, reculer le niveau du souffle sans gommer les vibrations délicieuses dans les silences, sans nuire à la qualité de frémissement et d’éclat d’une dynamique idéale, contenue, plausible et d’une exemplaire stabilité. Dommage que cela soit à ce prix ! Difficile d’imaginer que ce coût élevé ne pourrait pas être tiré vers le bas si on se contentait de bien faire le travail, avec goût et simplicité, sur la production de masse…

 

 

 

 

la prise de son

 

RCA Living Stereo nous permet au passage de développer un peu sur le thème de la prise de son. Comment se fait-il que, des années plus tard, nous restions admiratifs à la découverte des ces prises de son du début de la Stéréo ? Voire en écoutant par exemple quelques Mercury encore mono (Moussorgski, les Tableaux d’une Exposition, CSO, Kubelik, 51, une merveille !)…
Oh, ces enregistrements n’étaient pas toujours parfaits, pas exempts de défauts ou de manques, particulièrement dus à la couleur des micros de l’époque, et sans doute aussi à la qualité des bandes et peut-être à leur détérioration à travers les années.
Mais quel relief, quelle fluidité, quelle plénitude…


Est-ce dû à la prise de son 2 ou 3 micros ? Oui, le principe aide, certes, on est là sur les bases du principe de la stéréo ; sans doute cette présence et ce relief sont-ils plus faciles à conserver en plaçant peu de micros juste en arrière et un peu au-dessus de la coquille acoustique qu’en étant contraints à devoir reconstituer une phase plausible à partir de 15 micros éparpillés dans l’orchestre et couramment de natures différentes…


Peut-être, mais n’exagérons rien : il y a aussi de bien belles bandes réalisés en multi micros, quelques séances de CBS pour Bernstein ou Boulez dans les années 70, de nombreux Decca certes typés, ou Deutsche Grammophon, combien de beaux Philips, onctueux et immuables et même encore pléthore d’enregistrements très contemporains, en apportent une preuve flagrante. Question de qualité de travail, de soin apporté au travail, de surveillance de toutes les étapes.

 

 

Et d’argent !
Revenir à l’utilisation de 2 micros est hélas impensable : le coût est beaucoup trop élevé ; l’orchestre doit être en phase de concert, doit jouer parfaitement à l’unisson, n’a pas le droit à l’erreur, à une fausse note où un léger décalage d’attaque car ce qui s’oublie au concert ne pardonne pas au disque : aucune erreur n’est rattrapable. Et puis pas question dans tel ou tel passage de compenser la déficience d’un pupitre, ou bien d’en rehausser la présence d’un petit coup de patte sur la console. Non il faut des prises patientes, répétées, par un orchestre totalement en place et dans une acoustique saine. A une heure où les séances sont calibrées, le temps d’enregistrement par session compté (20 mn par heure, 3 sessions maxi par jour je crois), inutile d’envisager un impératif technique aussi pesant.


Alors oui, on détectera toujours, sur d’excellentes chaînes, le côté un peu artificiel du multi micro ; pour autant, ce n’est pas la méthode employée qui explique l’inouïe différence entre le Varèse de Boulez, éclatant et fin, enregistré chez CBS en 77 & 84 et quasiment le même programme des années plus tard chez DG, certes aux timbres élégants, d’une densité séduisante, mais aux éclats rabotés, sans étoffe, sans force et que beaucoup pourtant considéreront comme une belle prise de son confondant beauté et confort avec vitalité et justesse…


Non, la différence est ailleurs : intransigeance ou simplement goût des techniciens, moyens de contrôle, monitoring, là aussi peut-être le mastering, qu’importe. Et qu’importent les techniques employées : si la dynamique est respectée, les timbres subtilement distincts, la pulsation imprimée, l’engagement et l’exaltation de tous - ingénieurs compris - totaux, la musique exultera !

 

 

On peut même ajouter un point difficile à faire comprendre, mais pas à faire constater : lorsque le système de reproduction est réellement sensible, au sens d’organique bien sûr, peu importe la qualité de l’enregistrement : l’inspiration poétique de l’artiste trouvera son chemin…

 

 

Dans la musique moderne ou synthétique, le problème est tout autre ; l’abus d’effets, d’échantillonneurs, de consoles à 64 tranches, de limiteurs, de compresseurs, de Noise Gate, d’harmonizers, de séquenceurs, de panoramiques etc… ne peut délivrer qu’un brouillage artificiel inexprimable ; pourtant là aussi c’est beaucoup une question de volonté. Si l’écoute de la majorité des productions de variété est effarante, donnant l’impression que le mixage a été effectué par téléphone, quelques artistes savent obtenir un panache et une puissance théâtrale de leurs mixages qui prouvent que seule l’exigence compte… Les remix de Bowie par Trent Reznor, la suavité de quelques David Sylvian, la dynamique du premier Pink, la définition de Einstürzende Neubauten, les atmosphères marquées de Laurie Anderson, mais aussi l’émotion dans des passages pourtant 100% électroniques de Björk ou la puissance physique de Yello, sont quelques exemples parmi de nombreux autres, dans les mêmes carcans techniques que la majorité de ceux qui commettent une soupe épouvantable…

 

 

 

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III - les mélomanes

 

Un mot souvent employé dans ce fatras de considérations.
Mais qui sont-ils donc ? Peut-on englober les mélomanes dans une nomenclature unique de caractéristiques clefs ? Heureusement (pour la diversité de l’humanité !), non !

 

Tout d’abord on constatera une dissemblance importante allant de ceux qui ont une connaissance encyclopédique de la musique, l’écoutent dans une réflexion musicologique avec un sens essentiellement cérébral de l’esthétique, jusqu’à ceux qui la vivent avec la seule mémoire du cœur…

 

Tout comme le hifiste préalablement décrit dans son rapport à la musique, le mélomane peut éprouver du respect pour l’outil nécessaire à la perception de son art favori en proportions très variables.

 

Parmi les mélomanes, nombreux sont ceux que la seule idée qu’un amplificateur puisse valoir un mois de salaire d’un ouvrier choque profondément.

 

Mais pas toujours pour de pures raisons altruistes.
Combien de fois aurons-nous entendu des arguments aussi fallacieux que ceux dont abusent leurs miroirs audiophiles ?
Exemple : c’est scandaleux de voir qu’il y a des amplis à près de 1000 €. On n’a pas besoin de ça pour savoir qu’il y a de l’émotion dans la Pathétique de Tchaïkovski !
Pour le savoir, non, certes, mais pour en ressentir les richesses enfouies, le feu sous la glace, la souffrance ou la violence poignante, sans oublier les multiples visions, les contrastes de couleurs chez Celibidache ou le pathos chez Giulini ! Le sens d’un spectacle en nuances chez Monteux, l’esthétisme tendu chez Markevitch, ou au contraire la sévérité dramatique du premier mouvement interprété par Mravinski !

 

Autre refrain : la musique enregistrée ne peut rendre hommage à la musique. Je refuse le disque et vais le plus souvent possible au concert…
Soit, heureux homme, formidable, mais…
… le concert ne ressuscitera pas Richter, Miles Davis ou Coltrane ou Milstein ou Toscanini ou Jimi Hendrix ou Elvis (Yes : Elvis is dead, sorry !)
… quand bien même on peut se passer de ces éminents référents, qui d’entre-nous a le temps et les moyens d’aller régulièrement à Berlin, Chicago, Vienne, qui peut suivre les déplacements de Federico Brava ou Dave Liebman, ou foncer assister à un récital de Nelson Freire, qui aura la chance d’avoir des billets pour un concert d’Anne-Sophie Mutter, ou ne ratera pas le passage de Police ou de Bruce Springsteen ???
… les Stones ne joueront pas forcément leur catalogue antérieur quand bien même on estimerait que les performances se valent à travers trente ans de scène !

 

On ne peut tout de même nier l’apport de l’imprimerie dans l’expansion du savoir. Alors pourquoi refuser l’apport culturel primordial offert par l’enregistrement de la musique ? Ne pourrait-on pas admettre une bonne fois pour toutes que concerts et disques sont deux moyens complémentaires de vivre la musique ?

 

A condition bien sûr de ne pas la dénaturer lors des différentes phases de la saisie et de la restitution, nous sommes d’accord !

 

Et sur ce point, on peut évidemment comprendre la réaction outrée d’une majorité de mélomanes qui, confrontés à la médiocrité moyenne des appareils proposés souvent à des prix de salaire de PDG, ne peuvent se faire complices de cette duplicité mercantile. Oui, c’est vrai, peu de systèmes respectent l’émotion dans la Pathétique de Tchaïkovski !

 

Il est, dans ce contexte de trahison perpétuelle, assez curieux de constater la capacité d’autres mélomanes incontestables – ceux qui ne dénigrent pas la hifi - à séparer les plaisirs de la perception entre leur fréquentation régulière des concerts - voire leur dilettantisme enthousiaste sur un instrument - et leur rapport mensonger à leur chère chaîne, plus ou moins haut-de-gamme mais musicalement aussi ardente qu’une momie. Une sorte de double cerveau qui occulte totalement les sensations du direct (sauf éventuellement la revendication à côté de la plaque du niveau réel) sous les approximations délétères que retranscrivent les appareils, désincarnées, plus ou moins analytiques mais si peu sensibles, semble diriger le fonctionnement antithétique de ces gens nombreux et, nous le répétons, sincères, si ce n’est franchement engagés, comparables en cela à certains chroniqueurs des rubriques sons de la presse musicale…
Cette occultation trouve en général un alibi dans le privilège accordé à un seul paramètre assurément infidèle s’il est trop isolé des fondamentaux : les beaux timbres, la juste hauteur tonale, l’image, la profondeur… Parfois même, ces gens définissent leurs systèmes comme "vivants" !!!! Triste hérésie mais si compréhensible par l’appauvrissement des exigences, compte tenu du niveau moyen des appareils disponibles…
Où sont le rebond, la vivacité, les saisissements lyriques, les emportements animés, la matière derrière la note, le phrasé, le lien, l’articulation, l’enveloppe, l’incarnation, la présence physique, les frémissements subliminaux, la corporalité, la stabilité, les vibratos raffinés, la chair et le sang, l’ardeur… ???

 

La lente déviation des attentes accompagne celle du langage ; le détournement inéluctable des mots forts liés aux sentiments tient sans doute en grande partie à cette quasi schizophrénie, elle-même sans doute née des balbutiements de la haute-fidélité domestique où l’on était bien obligé de se contenter de peu, et où l’on s’est satisfait de l’évolution de cette pauvreté initiale vers incontestablement plus de qualités mais sur une voie parallèle à la vérité expressive, allant à l’extrême vers une épure de la caricature outrageuse d’une part importante de la GHFI sans jamais penser à revenir aux fondamentaux de la musique. C’en est presque drôle, car si on dépouille la GHFI de ses manies déformantes, on aboutit à une reproduction transparente mais au sens d’éthérée, nettoyée, décortiquée jusqu’au squelette, une radiographie des musiciens et instruments dépouillés de leur chair, de bois, de cuivre, d’esprit…
Pauvres mélomanes égarés…
Constat rassurant toutefois : dès qu’on propose une autre voie à ces êtres fourvoyés, plus simplement humaine, ils y adhèrent rapidement, une fois passé le délai nécessaire pour se dépolluer des habitudes ancrées depuis des générations d’immersion dans le mensonge hifiste… Sauf si l’orgueil rentre en jeu, si ces individus blessés dans leurs certitudes lénifiantes refusent d’admettre qu’ils ont tant dépensé pour rien, en ayant été baladés sur une fausse piste, probablement par d’autres aveugles (parfois sourds certes) convaincus de la validité de leur éthique…

 

 

 

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IV - le prix de la haute-fidélité

 

Mouais… Vaste débat…
Les méprises sont fréquentes. Il est vrai que lorsque l’on calcule que, autour de 3 ou 4 thèmes dominants (transistors, tubes, numérique, électroacoustique, électrostatique etc…), on arrive à des écarts de prix de vente absolument sans équivalent dans les autres univers technologiques domestiques, on peut se poser des questions. Même en automobile, le delta est plus faible. Songeons que la variation entre deux amplificateurs placés chacun à un bout de l’échelle peut aller d’une centaine d’euros à un peu plus de cent mille…

 

A quoi sont dus de tels écarts ?

 

Les facteurs s’accumulent :
- économie d’échelle contre production artisanale
- temps d’étude
- prix des composants embarqués
- étendue du réseau
- probabilité de clientèle…

 

A cette liste d’arguments objectifs on peut cependant être tenté d’en rajouter un ou deux autres plus… intuitifs ou agacés…
- l’abus
- la justification du prix par le prix !…
- le camouflage de la réalité technique et subjective moyennes par le prix…

 

Interrogations possibles sans tomber dans l’autre camp : celui des sceptiques permanents qui voudraient, dans ce domaine précis de l’économie, limiter le prix de vente des appareils à une simple addition du prix de revient des composants. Sans doute une tendance issue de la société des bricoleurs, vaste population du monde hifi, semblant prouver, si besoin est, que la technologie de base est accessible à beaucoup. La différence entre la majorité des bricoleurs et les professionnels sérieux se situe effectivement plutôt du côté du savoir faire, de l’astuce, de la patience, de l’expérimentation, que de la technicité…
Il ne s’agit pas tant de discuter de la "valeur" des objets eux-mêmes. Après tout, la valeur est aussi celle du plaisir et du rêve. Objectivement, en automobile, payer 3 fois plus cher une automobile de même catégorie n’est pas la garantie d’obtenir une voiture 3 fois plus rapide, 3 fois plus confortable, 3 fois plus solide ou qui consomme 3 fois moins. Pourtant, on ne contestera pas la valeur ajoutée par le plaisir et la représentation sociale des objets comparés.
Alors pourquoi nier la même posture en hifi ?
Cependant, il y a un écart fondamental avec le monde de l’automobile, dans lequel, en gros, des chèques s’allongeant permettent quand même d’espérer une réelle hiérarchie de qualité ou de services : en hifi, La hauteur du prix n’est absolument pas la preuve d’une qualité, hélas. De nombreux appareils sont vendus objectivement trop chers en regard des qualités subjectives délivrées, parfois inférieures à des objets aux prix 3 ou 4 fois moindre. Et là, il y a problème.

 

Il ne s’agit nullement de ramener le prix des objets à une valeur ajoutée mathématique, loin s’en faut : après tout un amplificateur qui embarquerait 10 composants dont la simplification magnifique aurait demandé 10 ans d’études vaut aussi le prix de l’étude. Et si l’épure ultime permet un jour de présenter un appareil utilisant 5 composants à 10 € mais infiniment supérieur à n’importe quel autre rival du marché sur le plan (que beaucoup disent subjectif, certes) de la musicalité, quel est dans ce cas le prix du produit ? Celui de son apparence ou celui de sa qualité ?
Mais incontestablement il y a sur le marché beaucoup trop d’appareils dont les aptitudes musicales ne justifient pas le prix ! A tel point que, face à des fabricants qui ont un comportement honnête et juste dans le calcul des marges appliquées, on en arrive à douter sérieusement de la qualité de leur production sous prétexte qu'elle n'est pas assez chère !!!!
Non : c’est la majorité de la proposition hifi qui est injustifiable, qui ne vaut pas ce qu’elle coûte et il faut en prendre pour preuve qu’une poignée de constructeurs, en appliquant des prix justes, s’en tirent quand même plutôt bien !!!!…

 

… Sans avoir pour autant à rentrer dans des considérations sur la déloyauté de la concurrence asiatique (chinoise, disons-le). La cupidité des hommes fait que, souvent, ces produits arrivent sur le marché à des prix qui ne sont que le reflet de leur qualité (ou médiocrité), pas de miracle à espérer ! Oui, il y de bons produits chinois, non, ils ne valent pas plus que leur prix. Arrêtons l’imposture, l’Asie paye le cuivre et l’aluminium au même indice que les autres et lorsque certains escrocs annoncent que leurs produits incluent des composants ultra haut-de-gamme issus d’un artisanat allemand ou des transformateurs suédois ou encore des condensateurs historiques, le tout dans des châssis de 30 kilos d'aluminium moulé de 4 cm d'épaisseur, il faut bien comprendre qu’ils ne payent pas ces composants spécifiques moins chers que les autres ! Copies ? Faux ? Peut-être oui, dès lors que la propriété industrielle n’est pas reconnue, tout est permis !
Faisons un jour le calcul : on s’apercevra que certains appareils asiatiques déguisés et auréolés de gloire, prétendant contenir une accumulation de composants prestigieux alliés à des qualités de châssis facilement estimables, sont proposés à des prix où le tout vaut moins que la somme des parties. Autrement dit, il y a mensonge quelque part !
Mais répétons-le : il y a des produits honnêtes sur le marché et de toutes provenances, plus difficiles à dénicher certes, et pas toujours dans les pages majeures des magasines. Question hélas de patience, de persévérance et surtout de confiance en soi et en ses émotions.

 

Précisément, l'autre question posées par le prix de la hifi est bel et bien le comportement des consommateurs : à force de vous (nous ? Pauvres jocrisses…) laisser balader dans les méandres des modes, les leurres des bonnes affaires, les illusions des référents absolus, combien d'entre vous (nous ?) ont dépensé des fortunes à accumuler les déceptions et changements permanents vers une nouvelle frustration tout simplement pour n'avoir jamais osé favoriser l'essentiel : le ressenti, la jouissance, le trouble et le saisissement, les sentiments…

 

… Les musiques,

 

La Musique…

 

 

 

 

 

* NB : la trame de certaines considérations développées ci-dessus s’inspirent partiellement de documents datant de quelques années déjà et dont l’origine tout comme la forme primitive sont inconnues…

 

 

 

 

 

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